Nutrition en présence du syndrome du côlon irritable et de la maladie de Crohn

Hubert Cormier

Hubert Cormier

26 Juin 2018

Plusieurs conditions et maladies engendrent des inconforts au niveau gastro-intestinal au quotidien. En apprendre plus sur sa condition de santé et ses particularités personnelles peut aider à vivre mieux au jour le jour. Voici un aperçu de deux maladies qui, malgré des symptômes similaires, affectent le système digestif de différentes façons : la maladie de Crohn et le syndrome du côlon irritable.

Maladie de Crohn

La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire de l’intestin auto-immune qui peut affecter le système digestif de la bouche à l’anus, mais dont les dommages sont plus souvent vus dans les parties plus inférieures. Ce sont les cellules immunitaires de la personne malade qui attaquent ses propres tissus, ses bactéries, les aliments ingérés, etc. Les aliments ne sont donc pas la cause dans la maladie de Crohn et la recherche ne réussit pas à identifier un type d’alimentation qui serait efficace pour la traiter. Certains aliments sont cependant associés à des poussées ou des exacerbations des symptômes.

Syndrome du côlon irritable (SCI) 

Le syndrome du côlon irritable est une maladie fonctionnelle du système gastro-intestinal. Ainsi, contrairement à la maladie de Crohn, aucun changement au niveau structurel n’est présent, c’est plutôt la fonction du système digestif qui est altérée. Des symptômes tels les douleurs abdominales, les flatulences, la constipation, la diarrhée, les changements dans les habitudes de défécation et une sensation d’élimination incomplète sont présents. Le traitement nutritionnel vise à normaliser le transit intestinal, diminuer les douleurs abdominales, les flatulences et les gaz rectaux et à maîtriser la constipation et la diarrhée. Il y a fréquemment un aspect psychologique dans les phases aigües de la condition, donc un traitement visant la diminution de l’anxiété, la gestion de l’humeur ou l’augmentation de l’activité physique ont démontré une amélioration des symptômes.

La liste ci-dessous démontre quelques comportements et aliments à privilégier/éviter dans le but d’améliorer ces symptômes.

Syndrome du côlon irritable

Top 5 à privilégier

  1. Manger de petits repas (éviter les repas copieux).
  2. Viser un bon apport liquidien (idéalement de 2 à 2,5 litres de liquide par jour).
  3. Ne pas sauter de repas pour favoriser une bonne élimination. 
  4. Manger lentement et bien mastiquer. 
  5. Pratiquer une activité physique et des activités pouvant réduire le stress.

Top 5 à éviter

  1. Limiter les apports d’aliments qui font avaler de l’air pour diminuer les ballonnements(Gomme à mâcher, boissons gazeuses et eaux gazéifiées, boire avec une paille).
  2. Éviter une alimentation trop riche en lipides qui pourrait empirer les symptômes.
  3. Éviter les sucres-alcools (type d’édulcorant) comme le sorbitol, le mannitol et le xylitol qui peuvent entrainer ou exacerber la diarrhée (les sucres-alcools sont majoritairement utilisés pour sucrer les aliments qui affichent les allégations « sans sucre ajouté » ou « sans sucre » sur les étiquettes tels que les gommes à mâcher sans sucre, les boissons énergisantes, les boissons gazeuses diètes, certains sirops contre la toux et d’autres médicaments liquides (comme les antiacides).
  4. Tenter d’éliminer les aliments fermentescibles qui peuvent causer des flatulences (légumineuses, oignons, légumes de la famille des choux, maïs, céleri, carottes, raisins, bananes, prunes, blé, pois, pommes crues, ail)*.Tenter l’élimination de la caféine, de l’alcool et des épices fortes*.

Maladie de Crohn

Top 5 à privilégier

  1. Manger de petits repas fréquents.
  2. Rester bien hydraté tout au long de la journée. Boire de petites quantités à la fois, mais fréquemment. 
  3. Pendant des périodes exemptes de symptômes, réintroduire les grains entiers, les fruits et légumes dans son alimentation, toujours en prenant soin de réintroduire un aliment à la fois afin de vérifier sa tolérance.
  4. Certains probiotiques, prébiotiques et suppléments peuvent être considérés en cas de déficiences, mais devraient être pris en accord avec le médecin traitant ou le/la nutritionniste.
  5. Privilégier les viandes maigres, les poissons, les œufs, le yogourt, les fromages allégés, les fruits, les légumes cuits et surveiller les apports en matières grasses.

Top 2 à éviter

  1. Pendant une période symptomatique avec de la diarrhée ou des douleurs abdominales, certains aliments peuvent être évités comme les aliments riches en grains entiers, les légumes crus ou entrainant des flatulences, les fruits crus et la caféine*.
  2. Certains autres aliments pouvant provoquer des symptômes incluent les produits laitiers (lactose), les aliments très épicés, l’alcool et les grains entiers*.

À surveiller

  1. Les déficiences en certains nutriments sont à surveiller étant donné la malabsorption causée par l’inflammation. Certains patients ont des besoins en énergie et protéines plus élevés
  2. Les corticostéroïdes souvent prescrits peuvent augmenter les risques d’ostéoporose, augmentant l’importance d’un apport suffisant en calcium, vitamine K, vitamine D et en magnésium pour favoriser la santé des os. 
  3. Une prise à long terme de corticostéroïdes peut engendrer des déficiences en vitamine C, en vitamine B12, en acide folique, en zinc et en sélénium.

* Si les symptômes ne sont pas améliorés après quelques semaines, réintroduire ces aliments dans l’alimentation graduellement. 

Dans le cas du syndrome du côlon irritable, tenir un journal alimentaire avec les aliments mangés, les aliments évités, le cycle menstruel, les évènements stressants, les jours de repos ou de congé peut aider à identifier les sources des crises. Identifier des aliments problématiques et les éviter est un des buts du traitement nutritionnel.

De façon similaire, dans les cas avec maladie de Crohn, la tenue d’un journal alimentaire et l’évitement d’aliments problématiques peuvent montrer une amélioration des symptômes. Le suivi par un nutritionniste spécialisé dans la santé digestive pendant la période de restriction est primordial vu les restrictions alimentaires, les besoins nutritionnels augmentés et risques de carences. 

Finalement, quoi qu’il soit possible de dresser une liste d’aliments à éviter lors de poussées des symptômes pour chacune de ces conditions de santé, chaque individu est unique dans ses symptômes et sa façon de réagir aux différents aliments. Il n’y a donc pas de conseils généraux à suivre, d’où la pertinence du suivi par un professionnel de la santé.

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