Comment déjouer les caprices alimentaires chez les enfants?

Hubert Cormier

Hubert Cormier

18 Février 2021

Votre enfant devient difficile quand l’heure du repas arrive? Il réclame constamment les mêmes mets, ne semble pas manger suffisamment et refuse de découvrir les nouveaux aliments? Ne vous découragez pas : c’est une réaction habituelle chez les enfants! En effet, ils ne sont pas nécessairement capricieux, mais traversent plutôt une étape normale du développement du goût. Les caprices alimentaires sont donc un phénomène commun chez l’enfant, et des solutions existent. Heureusement!

La sélectivité alimentaire chez l’enfant

Une alimentation limitée en matière de variété caractérise les petits mangeurs capricieux! La sélectivité alimentaire, aussi nommée néophobie alimentaire, est un sentiment de peur face aux nouveaux aliments. Au cours de leur enfance, la plupart des enfants vont présenter une réticence à goûter aux mets inconnus, et ils vont avoir tendance à considérer « mauvais » tout nouvel aliment. En effet, environ 3 enfants sur 4 âgés de 2 à 10 ans traversent une période de néophobie alimentaire qui coïncide souvent avec la période du « non ». La recherche d’autonomie et de sécurité en période de changement expliquerait en partie ce phénomène. La néophobie se traduit par divers comportements:

  1. Recracher;
  2. Sentir les aliments;
  3. Repousser l’assiette ou la cuillère;
  4. Refuser d’ouvrir la bouche;
  5. Mâcher longuement;
  6. Grimacer;
  7. Trier les aliments.

Que faire avec le « petit mangeur capricieux »? Le mot d’ordre : PATIENCE!

Votre petit a besoin de se retrouver dans une zone de confort lorsque vient l’heure du repas. Il aime être exposé aux mêmes aliments, puisqu’il est habitué et se sent en sécurité. À l’inverse, moins un aliment est familier, plus il suscite de la méfiance. Le processus peut parfois s’avérer très long et même demander de 15 à 20 expositions. Soyez donc patient! Offrez-lui un aliment moins apprécié toujours sous la même forme afin de lui permettre de se familiariser avec ceux-ci et d’avoir des points de repère (références stables). En effet, si un aliment se trouve sous diverses formes ou préparé selon différentes méthodes culinaires d’une fois à l’autre, il sera perçu comme nouveau, et son acceptation sera ainsi difficile.

Pensez aux trempettes pour accompagner les collations. Vous pouvez également servir de petites portions et mélanger deux aliments, dont un qui est connu, et l’autre qui est nouveau. Une fois les enfants devenus familiers avec la nouveauté, les fantaisies deviennent possibles. Ne saturez toutefois pas les enfants avec différents plats. Présenter préférablement les mets rejetés environ une fois par 2-3 semaines. Évitez également d’utiliser l’argument « c’est bon pour la santé » pour convaincre l’enfant de manger le nouvel aliment, car il va croire que tout ce qui est mauvais au goût est bon pour la santé.

Évitez la chicane, la pression ou tout autre évènement désagréable entourant le repas. Advenant le contraire, l'enfant pourrait être réticent quant aux nouveaux aliments. Favorisez les repas à la table en famille, car, en vous voyant manger, votre petit se sentira rassuré et pourra être porté à goûter à son tour. Si votre enfant accepte de goûter à l’aliment en question, vous pouvez gratifier son effort en le félicitant. D’ailleurs, il associe également le contexte de consommation à l’aliment. Or, une ambiance positive autour d’un repas lui permettra d’apprécier le moment et l’encouragera à répéter l’expérience. 

Un autre moyen de l’aider à découvrir et à apprécier les aliments est d’organiser des activités sur le thème de l’alimentation. Vous pouvez cuisiner, jardiner, organiser des dégustations, faire de l’autocueillette ou de l’agrotourisme… Les activités autour des aliments s’avèrent de bonnes occasions pour éduquer dans le plaisir votre enfant! Faites-lui une description de l’aliment et de sa provenance. Cela lui permettra d’ailleurs de faire des associations avec d’autres aliments et l’encouragera ainsi à les déguster. Faites-le participer à la préparation des repas! Le petit peut aimer l’aliment, parce qu’il en était le cuisinier, ce qui le motivera à le manger. Vous pouvez également lui faire des dégustations et le questionner sur ce qu’il apprécie et sur ce qu’il n’apprécie pas d’un aliment.

Afin de favoriser la consommation de légumes connus, présentez-les sous diverses formes :  fondue, trempette, gratinée ou à peine cuite. Faites la même chose avec la viande. Par exemple, si votre enfant préfère la viande hachée, offrez-lui un pain de viande, un pâté ou encore une abondance de sauce.

Mon enfant ne mange pas de grosses portions

Votre enfant mange de très petites quantités d’aliments, et vous avez l’impression que ce n’est pas suffisant? Sachez que cela peut être normal à une certaine période de sa vie. En effet, après l’âge de 2 ans, la croissance de l’enfant diminue, ce qui calme par le fait même son appétit. Ne vous en faites pas, puisque les signaux de faim et de satiété sont souvent très bien « aiguisés » chez le jeune enfant. Il est le mieux placé pour savoir la quantité d’aliments qu’il doit manger pour répondre à ses besoins. D’ailleurs, comme les adultes, le petit peut avoir un appétit qui fluctue de jour en jour en fonction de ses besoins et de l’énergie dépensée. Si vous craignez une coupure de la courbe de croissance de votre jeune enfant (perte de poids ou stabilité de la taille), demandez de l’aide à un professionnel de la santé.

De plus, un enfant qui arrive à 3 ans ne mangera pas nécessairement plus si vous lui donnez de plus grosses portions. Devant cette situation, restez calme et respectez surtout les signaux de faim de votre enfant. Par ailleurs, à cet âge, l’intérêt premier de celui-ci n’est pas les aliments ou les repas, mais plutôt le jeu et l’interaction avec les autres enfants (frère, sœur ou ami). Cela peut expliquer l’absence d’intérêt durant les repas.

Un horaire avant tout!

Afin de vous assurer que votre enfant répond à ses besoins, ayez un horaire régulier en ce qui a trait aux repas et aux collations. Offrez-lui des aliments nutritifs et laissez-le décider de la quantité. Évitez de donner quelconques boissons avant ou pendant le repas, car ils pourraient lui couper l’appétit. N’utilisez pas le dessert comme une récompense, puisque forcer un enfant à vider le contenu de son assiette pour avoir un dessert pourrait l’entraîner à manger au-delà de sa faim. Il pourrait ainsi percevoir le repas comme une punition. Par ailleurs, l’exercice physique (jouer au parc, faire du vélo, aller glisser...) avant l’heure du repas peut être un bon moyen d’augmenter l’appétit du petit mangeur. Finalement, bien que les portions paraissent petites, votre enfant mange de 4 à 6 fois par jour (3 repas et 3 collations nutritives). Au bout du compte, votre enfant devrait répondre à ses besoins! Si toutefois votre enfant perd du poids, je vous invite à en parler à votre médecin qui pourra vous référer, au besoin, à un professionnel qualifié.

Références
Aldridge, V., et al. (2009). « The role of familiarity in dietary development. » Developmental Review 29(1): 32-44.
Rolls, B. J., Engell, D., & Birch, L. L. (2000). Serving portion size influences 5-year-old but not 3-year-old children's food intakes. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 100(2), 232.


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