Pourquoi prend-on du poids lorsque l’on cesse de fumer?

Hubert Cormier

Hubert Cormier

7 Janvier 2020

Les fumeurs redoutent plus souvent qu’autrement l’apparition de kilos en trop lorsqu’ils décident de cesser la cigarette. Cette crainte freine même plusieurs personnes à renoncer à leur dose quotidienne de nicotine et ce, malgré les bénéfices avérés de renoncer à cette mauvaise habitude. Mais qu’en est-il réellement? Arrêter de fumer est-il forcément synonyme de prise de poids? Mythe ou réalité selon vous?

Prise de poids associée à la cessation tabagique

Il est vrai que l’arrêt du tabac s’accompagne souvent d’un gain de poids, mais celui-ci n’est pas aussi significatif qu’on pourrait le croire. Plus précisément, plusieurs études ont démontré que la prise de poids moyenne, un an après l’arrêt du tabac, se situait entre 2,5 kg et 5 kg et qu’elle apparaissait surtout lors des deux premières années de l’arrêt pour s’atténuer par la suite. Également, un tiers des fumeurs ne prendront pas du tout de poids alors qu’environ 5% de ceux-ci vont même en subir une légère perte.

Perception des saveurs altérée par le tabac

Le tabagisme entraîne souvent une modification du goût et de l’odorat. En effet, une fois inspirée, la fumée de cigarette, qui est composée de substances chimiques et toxiques, se propagent le long des muqueuses qui tapissent la bouche, le palais et la gorge. Les papilles gustatives, qui permettent de distinguer le goût des aliments, sont également touchées, tout comme la muqueuse nasale. Ainsi, les fumeurs se retrouvent avec des capacités gustatives et olfactives moindre que les non-fumeurs. Par conséquent, cela les entraînent à se tourner vers des aliments plus goûteux qui sont souvent beaucoup plus riches en sucre, en gras et en sel afin de rehausser la saveur des plats. Lorsqu’ils cessent le tabac, les fumeurs ne retrouvent pas d’emblée un seuil de perception optimal des goûts et, conséquemment, doivent se réapproprier les saveurs des aliments, ce qui peut prendre un certain temps. Dans les premières semaines suivant l’arrêt du tabac, ils vont donc continuer à consommer des aliments leur procurant une sensation agréable au palais, tels que les sucreries et les pâtisseries provenant du commerce.

L’effet compensatoire de la nourriture pour les fumeurs

Lorsqu’ils cessent le tabac, les ex-fumeurs ressentent immanquablement une sensation de manque qu’ils tentent de compenser de multiples manières. Fréquemment, la nourriture devient, en quelque sorte, une bouée de sauvetage pour eux. En effet, le grignotage joue le rôle de substitut de la cigarette pour les fumeurs en leur procurant le sentiment de plaisir et de bien-être qu’ils associaient au tabac. En outre, la consommation d’aliments joue un rôle de diversion en leur permettant d’oublier, pendant un instant, leur envie de fumer. De plus, cet effet compensatoire permettrait d’atténuer les symptômes du sevrage tels que la dépression, les troubles du sommeil et l’anxiété. Arrêter de fumer pourrait être particulièrement difficile et déstabilisant, alors que les fumeurs ont l’impression de perdre le contrôle d’une partie de leur vie. La nourriture devient donc une source de réconfort qui permet de mieux gérer leur stress et leur nouvelle réalité. La prise de collations recrée aussi certains des gestes associés à l’acte de fumer comme le fait de déballer rapidement quelque chose, de porter un produit à sa bouche ou la présence de forts arômes. Il peut donc résulter une prise de poids de cette compensation, surtout que les ex-fumeurs ont généralement dans leur mire des aliments transformés tels que le chocolat, les biscuits et les gâteaux. Toutefois, le gain de poids risque de s’atténuer avec le temps à mesure que l’ex-fumeur s’adapte à sa nouvelle situation.

Les effets neurologiques du tabac

Certaines études ont démontré que le tabac diminuerait l’appétit des fumeurs et c’est pourquoi ceux-ci auraient un poids moindre que les non-fumeurs. Effectivement, la nicotine présente dans le tabac aurait un effet coupe-faim. Plus précisément, elle possèderait un effet hyperglycémiant, faisant ainsi augmenter le taux de glucose (sucre) dans l’organisme. Une fois libérée dans le sang, celui-ci serait détecté par des cellules spécialisées qui enverraient un message au système nerveux l’informant de la présence de glucose au cerveau. À ce moment, il y aurait activation de l’hypothalamus, une région du cerveau impliquée dans le contrôle de la faim et de la satiété, et la sensation de faim serait alors diminuée. Ainsi, lorsqu’ils arrêtent de fumer, l’effet coupe-faim de la nicotine disparaît et une prise de poids s’impose chez les individus accros à la cigarette. Néanmoins, lorsque l’on analyse la situation, on constate qu’il s’agit davantage du poids normal que les fumeurs auraient eu s’ils n’avaient jamais pris de tabac. De plus, ce n’est pas tous les fumeurs qui ressentiraient une diminution de l’appétit à chaque fois qu’ils prennent une cigarette.

En conclusion, il est vrai que la cessation tabagique peut entraîner une prise de poids, mais celle-ci est loin d’être inéluctable, particulièrement si l’on adopte un mode de vie sain comprenant une alimentation équilibrée et la pratique régulière d’activité physique. Bref, la peur d’un gain de poids n’est pas une raison suffisante pour conserver cette mauvaise habitude qu’est le tabagisme. Comme le dit si bien le dicton :  mieux vaut tard que jamais!

publications

Book an Appointment

×